Pourquoi le lamier blanc, plante des femmes d'autrefois, m'accompagne-t'il encore aujourd'hui ?
Certaines plantes entrent dans notre vie par les livres. D’autres nous sont transmises bien avant que nous sachions ce que sont la phytothérapie, les principes actifs ou les études scientifiques. Pour moi, le lamier blanc (Lamium album) appartient à cette seconde catégorie.
Dans ma famille alsacienne, cette plante était traditionnellement utilisée pour les troubles des règles. Devenue infirmière puis conseillère en Pleine Santé, spécialisée dans la santé féminine et la transition ménopausique, j’ai voulu comprendre d’où venait ce savoir transmis par les femmes de ma famille. Cette recherche m’a conduite jusqu’à Hildegarde de Bingen et à une question passionnante : que reste-t-il aujourd’hui de ces anciens « remèdes de bonnes femmes » ?
Le lamier blanc : une histoire de femmes dans ma propre histoire
Mon intérêt pour les plantes médicinales est intimement lié à celui que je porte depuis longtemps à Hildegarde de Bingen et aux « simples », ces plantes autrefois utilisées pour accompagner les maux du quotidien.
Mais le lamier blanc possède pour moi une dimension supplémentaire : celle de la transmission familiale.
Une tradition alsacienne qui n’était pas isolée
En recherchant l’histoire de cette plante, j’ai découvert que son utilisation familiale ne constituait pas une singularité.
Dans l’espace germanique et alsacien, le lamier blanc, ou weiße Taubnessel, appartient depuis longtemps à la pharmacopée populaire féminine. Au fil des siècles, il a été employé traditionnellement pour les pertes vaginales, les menstruations abondantes, certains saignements puis les règles douloureuses.
Au début du XXᵉ siècle, il est même considéré dans la phytothérapie germanique comme un Frauenmittel, littéralement un « remède des femmes ».
Ma tradition familiale s’inscrit donc dans une histoire beaucoup plus vaste de transmission des savoirs féminins.
Hildegarde de Bingen utilisait-elle le lamier blanc pour les règles ?
C’est ici qu’il faut être particulièrement rigoureuse.
Hildegarde s’est intéressée au corps des femmes. Dans Causae et curae, au XIIᵉ siècle, elle décrit notamment les menstruations, la fertilité, le vieillissement et la cessation des règles autour de l’âge de 50 ans.
Mais elle ne décrit ni notre périménopause, ni nos connaissances actuelles sur les hormones, ni un ensemble de symptômes comprenant bouffées de chaleur, insomnies, réveils nocturnes, prise de poids ou douleurs articulaires.
La mystérieuse Binsuga « réjouit le cœur »
Dans sa Physica, Hildegarde décrit une plante appelée Binsuga, longtemps identifiée à la mélisse mais aujourd’hui très vraisemblablement rapprochée du lamier blanc.
Elle lui attribue une propriété étonnante : consommée, sa chaleur atteindrait la rate et, de là, « le cœur se réjouit ».
Il serait séduisant de rapprocher cette gaieté des fluctuations émotionnelles qui peuvent accompagner le cycle féminin. Mais rien ne permet d’affirmer qu’Hildegarde utilisait cette plante pour apaiser les émotions prémenstruelles.
Elle ne mentionne d’ailleurs dans ce chapitre ni menstruations, ni règles douloureuses, ni ménopause.
Comment le lamier blanc est-il devenu une « plante des femmes » ?
C’est surtout après Hildegarde que le fil historique se précise.
Dès la fin du Moyen Âge, des sources germaniques mentionnent l’ortie blanche dans des usages gynécologiques. À la Renaissance puis aux siècles suivants, sa réputation se développe en Europe.
Au XIXᵉ siècle, le médecin français Cazin rapporte son usage traditionnel contre certaines pertes et hémorragies. Au XXᵉ siècle, Henri Leclerc évoque son emploi lors de menstruations excessives associées à des leucorrhées. Et, au plus tard en 1935, on retrouve explicitement le lamier blanc dans une préparation destinée à la dysménorrhée, c’est-à-dire aux règles douloureuses.
Il existe donc une remarquable continuité ethnobotanique, particulièrement cohérente avec mes racines alsaciennes.
Que peut-on réellement attendre du lamier blanc aujourd’hui ?
Tradition ne signifie pas preuve scientifique.
Le lamier blanc contient différents composés étudiés pour leurs propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et potentiellement antispasmodiques. Mais les données cliniques restent insuffisantes pour affirmer qu’il traite les règles douloureuses ou les manifestations émotionnelles du syndrome prémenstruel.
C’est précisément cette distinction qui guide ma pratique de la phytothérapie.
Une plante ne remplace jamais une approche globale
Aujourd’hui, je ne considère pas une plante comme une solution isolée à un symptôme.
Chez une femme en préménopause, en périménopause ou après la ménopause, les manifestations ressenties peuvent interagir avec la nutrition, le mouvement, le sommeil et les rythmes biologiques, la respiration et la gestion du stress, ainsi qu’avec la sphère relationnelle et émotionnelle : les cinq facteurs du vivant sur lesquels repose mon approche de la Pleine Santé.
L’alimentation et les apports nutritionnels, les protéines, les acides gras essentiels, les oméga, les fibres alimentaires, le magnésium, la vitamine D, le calcium et les autres micronutriments participent eux aussi au bon fonctionnement de l’organisme. La phytothérapie ou la micronutrition ne prennent sens qu’intégrées à cette vision d’ensemble.
Quelle place le lamier blanc garde-t-il dans ma pratique ?
Le lamier blanc représente finalement assez bien ma manière d’aborder les plantes médicinales : écouter ce que la tradition nous transmet, rechercher son histoire, confronter ces usages aux connaissances actuelles et ne jamais présenter comme scientifiquement démontré ce qui ne l’est pas.
Je peux donc m’intéresser au lamier blanc dans l’accompagnement de certaines problématiques féminines, lorsque son usage traditionnel paraît pertinent, sans en faire pour autant « la plante de la ménopause ».
Car une femme ne se résume jamais à un symptôme, et encore moins à une plante.
C’est tout le sens de mon accompagnement Manger en Paix : comprendre votre histoire, votre alimentation, votre sommeil, votre stress, votre activité physique et les manifestations de votre transition hormonale avant d’envisager, lorsque cela est approprié, une phytothérapie ou une micronutrition réellement personnalisée.
Et peut-être est-ce aussi une façon moderne de prolonger ces savoirs de femmes : non pas les idéaliser, mais les transmettre avec curiosité, prudence et discernement.
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